
Tu ne peux pas tromper les vers que tu fais et non plus les vers que tu lis, de même que tu ne peux pas te mentir,
à moins que ce soit par la force du temps qui s’est écoulé et des sentiments.
La poésie a un brin de glorieux masochisme qui nous cloue sur la croix si honnêtement construite jour après jour;
c’est un miroir embué qui nous rend un visage parfait, défini en détail.
Les sens de la poésie ont un sens; l’émotion que nous observons, que nous découvrons, que nous libérons, a tout à fait raison.
C’est pourquoi, je suis étonné lorsque quelqu’un me fait prendre conscience que la poésie ce n'est pas moi,
mais que ce sont les choses qui parlent à travers moi,
et que ma voix est porte-parole des hommes et, dans le meilleur des cas, des dieux.
Que je suis un émissaire ou, dans le meilleur des cas, un prophète, métier qui est toujours un plaisir d’exercer.
Moi, dès ma plus tendre innocence, j’avais toujours cru que les choses ne parlaient pas,
au moins dans la vie de tous les jours, qu’elles étaient tout simplement là.
Mais il paraît que ce n’est pas comme ça…
Et je suis effrayé de penser que quelqu’un parle à travers moi, parce qu’il me vient en tête la gamine du film l’Exorciste et son visage plein de cicatrices et bondissant comme une toupie.
Non. La poésie n’aspire pas à occuper l’ineffable ni nous aide non plus à nous connaître nous-mêmes parce il y a trop d'à prioris.
L’ineffable est «ce que nous ne pouvons pas exprimer par la parole» et s’il s’exprime, il devient autre chose.
Et «le savoir»… je sens que je suis ce que je suis maintenant, avec tout mon passé et les espoirs que je m’accorde;
et la poésie que je lis et que j’écris vient y puiser.
Nous n’avons aucun recoin à découvrir. Nous sommes un grand désert de lumière qui se transforme à chaque instant.